TB on a beach














The Door             


            Révélation printanière outre-manche, Turin Brakes, à l'instar des mancuniens d'I am Kloot, ont la grâce agile des nouveaux venus aux idées bouillonnantes et la classe des jeunes anglais extirpés du carcan d'une brit-pop trop maniérée.
Elevés au doux son des complaintes folk américaines de Neil Young, Olly Knights et Gale Paradganien ont donné à leur premier album, The Optimist LP, la senteur boisé et la mélancolie hivernale qui a tant séduit chez leur cousins norvégiens de Kings of Convenience.

The Door 2nd release            Amis de longues dates - une passion dévorante pour Chuck Berry les a réunis dans leur tendre enfance -, nos deux nouveaux amis s'essayent rapidement à la chanson et trouvent chez Source une oreille attentive à leurs mélodies sans age. Déjà responsable de la signature des Kings of Convenience, la division de Virgin semble élargir peu à peu son spectre musical vers une internationale folk de bon aloi.
The Optimist LP est dans les bacs depuis le 5 mars et pour en donner un avant goût, laissez vous bercer par le clip de The Door, réalisé par Sophie Muller, où nos deux anglais se voient affublés de costumes de Yeti pour la plus grande joie d'une ribambelle de gamins grimés plus que de raison… Bizarre ? Non, juste un peu désenchanté et fortement poignant :

On the inside it hurts less
The outside seems so cold
I need to climb
Gotta find some tenderness
Before I get too old



(les Inrocks.com)






            


            L'année 2001 aura sourit à aux anglais de Turin Brakes. Leur folk habité a soutenu les plus vaillantes comparaisons tout comme les plus audacieuses critiques.
Mind Over Money

Long en bouche, The Optimist LP a patiemment creusé son sillon jusqu'à sa nomination récente au fameux Mercury Prize (fameux coup médiatique de nos amis anglais censé récompenser le meilleur album britannique de l'année, toutes catégories musicales confondues).

            Sans prendre pour autant les paris - leurs "adversaires" ayant pour nom Radiohead, PJ Harvey ou Goldfrapp -, nul doute que l'évidence mélodique et la bonne tenue musicale de l'ensemble sont leurs atouts maîtres.
Une évidence demeure : ces temps lointains où l'on apercevait deux gringalets gratouiller timidement leurs guitares en bois sur scène, notamment au dernier festival des Inrockuptibles, semble définitivement révolue…

            Alors que Mind Over Money, leur nouveau single, vient de paraître, lesinrocks.com vous propose leur clip au format Real Video. Olly Knights et Gale Paradganien se faisant violence pour résister aux déchaînements de la nature. Le tonnerre de la voix et une tempête de guitare…


Martin Cazenave, 21 août 2001 (les Inrocks)









            

State of Things            Longtemps perdu de vue par une Angleterre trop occupée à festoyer, le songwriting fait ici un spectaculaire retour en force. Largement plébiscité aux nominations du Mercury Prize (Ed Harcourt, PJ Harvey, Tom McRae ou Turin Brakes ont été choisis), la chanson à l'ancienne redevient une valeur recherchée par une génération épuisée par l'hédonisme obligatoire. La tendance s'était sans doute dessinée l'an passé, avec la victoire au même Mercury Prize de Badly Drawn Boy. Elle se confirme avec la génération de groupes la plus excitantes depuis des lustres. The Coral, The Music, Minuteman ou Moath redonnent la foi en ce songwriting, hautain et racé, qui reste la grande affaire anglaise : la pop-music.

            Trois jours après avoir appris leur nomination pour l'édition 2001, les Turin Brakes se retrouvaient, à Londres, dans un Astoria plein comme un œuf de dinosaure. C'est aux compagnons d'écurie de Simian de chauffer la salle : entre leur concert péteux des Transmusicales de Rennes et leur show de ce soir, l'écart ressemble au Grand Canyon. Ce groupe timide et emprunté s'est transformé en la plus surprenante bête de scène – mais à la façon des bêtes de leurs flight or flightpochettes, où un corps de faon accueille des ailes de chauve-souris. Ainsi, les expériences de génétiques follasses du groupe greffe la tête de Syd Barrett sur le corps du Beta Band, avec les jambes de Mercury Rev et les doigts de pieds (en éventail) de My Bloody Valentine. Le plus étonnant, c'est de voir à quel point, désormais, ces expériences hasardeuses sont maîtrisées, le hasard n'entrant plus que dans des proportions infinitésimales dans ce psychédélisme aussi savant qu'indélébile.

            C'est sur un gospel antique que les Turin Brakes montent sur scène, où les attendent déjà des statues lumineuses de Joseph et Marie : gonflé, pour un groupe qui a appris sa redoutable science du chant dans une chorale d'église. L'Astoria est à leurs genoux : douce revanche sur une histoire qui les vit souvent jouer ici même, régulièrement dans la petite salle de sous-sol, en première partie de groupes pas forcément ragoûtants.
Mais leur premier album, The OptimistThe Optimist LP, long en bouche, fait en Angleterre l'effet d'une bombe à retardement : dépassé par la côte d'amour du groupe, le NME encense cette semaine le single Mind over money – après avoir assassiné la même chanson lors d'une précédente édition du single. Il faut dire qu'increvables tourneurs, les Turin Brakes ont essuyé ces derniers mois les plâtres pour tous les usurpateurs qui squattent leur trône, de Travis à David Gray. Leurs chansons y ont gagné en puissance, en lisibilité, sans rien céder à cette vérole qui fait des ravages dans cette école lyrique : l'emphase.
            Œcuméniques (celui qui lit œcucul-la-praline est renvoyé), ces hymnes ont peut-être mis du temps à trouver le public anglais mais ce soir, dans un Astoria archi-complet, la rencontre se déroule dans la plus grande effusion. Les sublimes Feeling oblivion ou Future boy, repris en chorale, ne prennent pas une once de lourdeur, pas un instant de routine, aussi délicats et ténus qu'au premier jour. Même le plus mastoc Save me, joué devant une forêt de bras levés, en extase, ne se sent pas obligé de recruter la grandiloquence, demeurant étonnement svelte alors qu'un peu de sucre pourrait faire basculer cette rengaine dans l'obésité, la vulgarité.
            Il faut dire que Olly et Gale, les deux guitaristes et chanteurs, ont enfin trouvé un mode de fonctionnement fluide avec leurs recrues (basse, batterie, claviers), qui ne se sentent plus obligés de combler les blancs, quittant même parfois le duo pour l'admirer, en spectateur, du bord de scène. Avec la même matière première qu'un Mark Knopfler – du blues à JJ Cale –, le prodige Gale se révèle économe et toujours précis, ne poussant jamais le groupe vers la démonstration, l'exercice de style.
            Métamorphosé en monstre aux dents acérés et aux Underdogmorsures mauvaises, Mind over money met littéralement le feu – normal, avec toutes ces guitares en bois sur scène –, avant de laisser sa place à une version inouïe de Emergency 72, qui s'ébroue en un psychédélisme fauve et inattendu. Les idiots qui avaient cru rigolos de se moquer des garçons romantiques et de leurs chansons sensibles en inventant l'appellation douteuse de NAM (New Acoustic Movement) finiront en enfer, avec Kid Rock et Limp Bizkit. Et ceux qui n'avaient vu en ce groupe qu'une paire d'enfants de chœur un peu trop sages et coincés sont invités gratos chez Afflelou. NAM, ce soir, c'était sombre et dense comme le Vietnam. 

Jean-Daniel Beauvallet, 17 août 2001 (Les Inrocks)


L'anim de début est issue du site de The Optimist LP, désolé pour ceux qui croyait que j'avais enfin réussi à faire une anim potable.